La sĂ©rie Netflix comme objet marketing – Le cas de Formula 1 : Drive to survive

Source : Netflix.com

Le « Netflix effect » peut se rĂ©fĂ©rer Ă  de nombreux phĂ©nomĂšnes : l’impact que Netflix et ses contenus ont sur la maniĂšre de regarder la tĂ©lĂ©vision et le cinĂ©ma, sur la popularitĂ© d’un acteur, sur le comportement des consommateurs, leurs pratiques culturelles entre autres, les consĂ©quences Ă©conomiques sur les industries relatives aux contenus
 Il peut ĂȘtre vu d’une certaine maniĂšre comme un objet marketing permettant de mettre en lumiĂšre un produit, un service ou plus globalement une industrie.

Les prĂ©mices de ce phĂ©nomĂšne peuvent s’entrevoir dans l’histoire du cinĂ©ma amĂ©ricain noyĂ© dans un flot de films « coproduits » et financĂ©s par l’armĂ©e et le Pentagone. Et ce, le plus souvent, dans une logique de promouvoir un soft power, une certaine vision de la guerre et un patriotisme exacerbĂ©. En France, Le Bureau des LĂ©gendes, a largement contribuĂ© Ă  redorer le blason d’une institution -la DGSE- alors en perte de vitesse et en manque de popularitĂ©.

Dans leurs finalités, les séries Netflix ne changent donc pas vraiment des références susdites : elles impactent directement la perception du public sur une industrie ou une institution.
NĂ©anmoins, dans le cas des sĂ©ries Netflix, au-delĂ  d’un simple objet d’« influence », nous pouvons parler de vĂ©ritables objets marketing dont les finalitĂ©s sont essentiellement Ă©conomiques : ventes, hausse d’audience, de popularitĂ© d’un produit, d’un service, d’une industrie

De plus, ces « sĂ©ries marketing » s’appuient sur une audience extrĂȘmement large, en l’occurrence celle de Netflix, qui amplifie largement l’impact qu’elles peuvent avoir sur la sphĂšre rĂ©elle.

L’étude du cas de la sĂ©rie Netflix Formula 1 : Drive to Survive, créée en collaboration avec la Formula One Management, nous permet de mieux comprendre ce « Netflix effect » appliquĂ© au monde de la Formule 1 et plus largement au monde du sport. Un effet qui s’est Ă©galement fait ressentir sur d’autres secteurs : la vente des livres ArsĂšne Lupin de Maurice Leblanc via la sĂ©rie Lupin avec Omar Sy, ou bien sur la vente de jeux d’échec (et plus largement la popularitĂ© du jeu) avec la sĂ©rie The Queen’s Gambit.

Formula 1 : Drive to Survive sur Netflix
Source : Netflix
.com

Les nouveaux usages du numérique comme catalyseur du « Netflix effect »

Ce « Netflix effect » ne saurait exister, bien Ă©videmment, sans les nouveaux usages du numĂ©rique qui prĂ©cĂ©dent l’avĂšnement de la plateforme de Los Gatos, puis qui ont Ă©tĂ© induit par cette derniĂšre. Si une sĂ©rie, une Ɠuvre audiovisuelle plus globalement, peut avoir tant d’impact sur une industrie, c’est bien parce que le rapport du consommateur Ă  celle-ci a changĂ©. La plateforme qui la diffuse dispose d’un arsenal d’outils technologiques permettant l’attraction et la fidĂ©lisation d’une audience trĂšs large. L’avĂšnement du numĂ©rique, des rĂ©seaux sociaux ont quant Ă  eux favorisĂ© le partage et la promotion de ce contenu dans une sphĂšre plus globale que les seuls spectateurs de Netflix.

Le binge-watching, popularisĂ© par la firme de Los Gatos, a largement contribuĂ© Ă  augmenter l’importance que peut avoir une sĂ©rie dans le comportement des consommateurs. Un visionnage plus intensif (exit les visionnages hebdomadaires promulguĂ©s par les chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision) qui a contribuĂ© Ă  accroĂźtre l’engagement des consommateurs et leur fidĂ©lisation. La recommandation induite par des algorithmes de plus en plus perfectionnĂ©s vient renforcer ce phĂ©nomĂšne.

Une consommation diffĂ©rente des sĂ©ries, plus intense, combinĂ©e Ă  un usage frĂ©nĂ©tique des rĂ©seaux sociaux, permettent ainsi de rendre trĂšs populaire un contenu et de gĂ©nĂ©rer des retombĂ©es consĂ©quentes sur le secteur qui peut lui ĂȘtre associĂ© (en l’occurrence la Formule 1 dans le cas de Drive to survive). Avec l’audience potentiellement atteinte par une sĂ©rie (ceux qui l’ont regardĂ©, mais aussi ceux qui ont en entendu parler via le partage et les rĂ©seaux sociaux), il se pose indĂ©niablement la question du caractĂšre marketing de ces Ɠuvres qui semblent Ă  l’origine relevĂ©es simplement du domaine crĂ©atif et artistique.

Une volonté pour davantage de contenus des coulisses

Un des principaux facteurs de ce « Netflix effect » se trouve dans la volontĂ© mĂȘme de ce que souhaite retrouver le spectateur dans un contenu de divertissement audiovisuel, et notamment dans le secteur du sport oĂč les personnalitĂ©s sont ultrapopulaires et starifiĂ©es. C’est-Ă -dire, un dĂ©sir pour davantage de contenus en « off », oĂč les sportifs sont humanisĂ©s et authentiques. Cette demande semble trouver ses racines dans l’essor du numĂ©rique et l’ultra-connexion avec l’accĂšs facilitĂ© au « quotidien » des sportifs via les rĂ©seaux sociaux. Plus largement, on peut parler d’un dĂ©sir pour des contenus originaux, innovants, plus personnels par rapport Ă  la diffusion linĂ©aire classique du sport Ă  la tĂ©lĂ©vision. On comprend ainsi pourquoi de plus en plus de diffuseurs traditionnels TV diffusent davantage ce type de contenus. RĂ©cemment, TF1 a diffusĂ© de nombreuses images des coulisses de la Coupe du Monde de Football 2022 : dans les vestiaires, Ă  l’hĂŽtel de l’équipe de France
 puis un documentaire « rĂ©sumĂ© » sorti seulement 2 jours aprĂšs la fin de la compĂ©tition.

La compréhension du comportement du spectateur pour rendre la série plus populaire

L’analyse des donnĂ©es, de visionnage notamment, par la plateforme Netflix permettent de mieux comprendre et dĂ©terminer les tendances, mais aussi les structures de scĂ©narios et construction des personnages qui fonctionnent le mieux sur le spectateur. Ces analyses, aux prĂ©mices de la crĂ©ation d’une sĂ©rie mais aussi d’une saison Ă  l’autre, permettent Ă  Netflix d’adapter le dĂ©roulĂ©, la construction de sa sĂ©rie pour contribuer Ă  la rendre plus populaire. Dans le cas de Drive to survive, le champion nĂ©erlandais Max Verstappen, a soulignĂ© la mise en scĂšne de rivalitĂ©s comme Ă©tant « fausses ». Les choix de montage et la narration, essentiels Ă  la « dramatisation » de la sĂ©rie, ont Ă©galement Ă©tĂ© critiquĂ©, prenant des distances trop importantes avec la rĂ©alitĂ©.
NĂ©anmoins, il en reste que la comprĂ©hension et l’analyse de la demande et du comportement du consommateur ont permis le succĂšs phĂ©nomĂ©nal de Drive to Survive, qui s’est directement rĂ©percutĂ© sur le secteur de la formule 1.

Max Verstappen
Source : Photo de MacKrys, 2016

Un impact majeur sur le secteur de la Formule 1

L’impact rĂ©el de Drive to survive a Ă©tĂ© considĂ©rable pour le secteur de la Formule 1, la faisant passer de sport dĂ©suet, ayant du mal Ă  renouveler son audience, Ă  un vĂ©ritable phĂ©nomĂšne touchant un public de plus en plus jeune. Si la quantification prĂ©cise de l’impact rĂ©el de la sĂ©rie sur la Formule 1, depuis son lancement en mars 2019, est compliquĂ©e Ă  estimer, certains indicateurs permettent de mettre en Ă©vidence une augmentation de la popularitĂ© de la Formule 1 auprĂšs d’un public de plus en plus large et des revenus qu’elle gĂ©nĂšre.

Quelques chiffres, diffusés en mars 2022 (source : Stake), viennent illustrer cet impact :

  • De 2018 Ă  2021, l’affluence aux Grand Prix de Formule 1 aux Etats-Unis est passĂ© de 264 000 Ă  plus de 400 000 spectateurs. Les revenus sont passĂ©s de 1,15 milliards de dollars en 2020 Ă  2,14 milliards en 2021.
  • Le cours des actions du Formula One Group (NASDAQ : FWONA) a connu un rendement de +62% depuis la premiĂšre saison de Drive to Survive en mars 2021
  • Une croissance considĂ©rable du nombre d’abonnĂ©s sur les rĂ©seaux sociaux : plus de 50 millions d’adeptes avec une croissance annuelle de 40% depuis le lancement de la sĂ©rie, et un taux d’engagement trĂšs important.
  • Des audiences TV en forte hausse : une moyenne d’environs 70 millions de tĂ©lĂ©spectateurs, avec un pic Ă  108,7 millions pour la derniĂšre course de la saison 2021 Ă  Abu Dhabi (soit 7 millions de plus que le Super Bowl LVI deux mois aprĂšs)
  • Un nombre total de fans proche de dĂ©passer le milliard, dont 77% des nouveaux fans des deux derniĂšres annĂ©es dans la tranche d’ñge 16-35 ans.

En raison de sa portĂ©e et son impact, une sĂ©rie Netflix peut donc reprĂ©senter un vĂ©ritable objet marketing au bĂ©nĂ©fice de la plateforme, mais aussi au profit d’une industrie en particulier. La sĂ©rie Formula 1 : Drive to survive en est le parfait exemple : elle a Ă  elle seule rĂ©volutionnĂ© le monde la Formule 1, alors en perte de vitesse, lui permettant de se rĂ©gĂ©nĂ©rer et d’en faire un sport attractif pour la jeune gĂ©nĂ©ration.

Pierre Bosson

Sources

Garry Lu, “The Netflix Effect: A Breakdown Of How ‘Drive To Survive’ Changed Formula 1”, bosshunting.com.au, https://www.bosshunting.com.au/sport/f1/how-netflix-changed-formula-1/, Mis à jour le 13 janvier 2023

Bilal Berkat, “L’effet Netflix: comment nos sĂ©ries prĂ©fĂ©rĂ©es nous poussent Ă  consommer ?, fastncurious.fr, 4 juin 2021 http://fastncurious.fr/2021/06/04/leffet-netflix-comment-nos-series-preferees-nous-poussent-a-consommer/

Andy Robinson, “The Netflix Effect & How Pop Culture Impacts Ecommerce”, venturestream.co.uk, 14 janvier 2021, https://venturestream.co.uk/blog/the-netflix-effect-how-pop-culture-impacts-ecommerce/

Farah El Amraoui, “Comment Netflix a rĂ©ussi Ă  influencer nos pratiques culturelles”, bondyblog.fr, 1 avril 2021, https://www.bondyblog.fr/culture/comment-netflix-a-reussi-a-influencer-nos-pratiques-culturelles/

Carlos Serra, “How a Netflix Docuseries Set Off a Rise in F1 Popularity”, resources.audiense.com, 10 fĂ©vrier 2022, https://resources.audiense.com/blog/the-netflix-effect-how-an-f1-docuseries-set-off-a-meteoric-rise-in-popularity-in-the-us

Agathe Huez, “La visualisation de donnĂ©es, un facteur de rĂ©ussite pour Netflix”, toucantoco.com, https://www.toucantoco.com/blog/visualisation-de-donnees-reussite-de-netflix-explication

https://www.instagram.com/p/Ca6AReUPBCe/?utm_source=ig_web_copy_link%2C%20Stake, Stake (Online Stock Trading Platform)

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