Formula 1 : Netflix to survive – L’impact des plateformes sur le sport

Depuis l’arrivée de la série Formula 1 : Drive To Survive sur Netflix, le sport automobile a profondément changé. Le géant des plateformes de streaming a aidé au renouvellement du sport automobile grâce à une recette maison et a créé des envieux chez ses concurrents.

Crédits : Frandroid (https://www.frandroid.com/culture-tech/691740_quelle-est-la-meilleure-plateforme-de-streaming-entre-netflix-disney-ocs-mycanal-apple-tv-comparatif

La Formule 1 : un sport qui aime l’argent en perte de vitesse

La Formule 1 ou F1 est considéré comme la reine des catégories des sport automobiles. Depuis 1950, les monoplaces les plus rapides du monde, des pilotes triés sur le volet et des équipes soutenues par des constructeurs internationaux se succèdent, dans l’espoir de pouvoir remporter le plus de Grand Prix possibles et atteindre la sainte place de champion du monde.

Le premier épisode de la saison 3 de Formula 1 : Drive to survive s’intitule “l’argent est roi” et ce titre englobe parfaitement la vision et la réalité de ce sport. En effet, pour faire tourner une écurie, l’ensemble de l’équipe engagée dans le championnat regroupant la partie technique et sportive, il faut être capable de l’assumer financièrement. Aujourd’hui, les budgets sont plafonnés à 140 millions d’euros par an par la Fédération Internationale Automobile, afin de rendre les équipes plus égalitaires… 

Cette attraction pour l’argent ne se retranscrit pas uniquement dans les équipes mais également sur sa diffusion. La rentabilité est préférée à l’accessibilité. Au fil des années, les chaînes gratuites ont dû laisser la place aux chaînes payantes. TF1 a abandonné la diffusion en 2012, ne pouvant plus assurer les 31 millions d’euros annuels demandés. 

Dans son storytelling, la F1 a également été très hermétique à la médiatisation moderne. Très peu de contenu était accessible en ligne, les valeurs humaines du sport n’étaient jamais mentionnées, seule la course pure comptait. Inévitablement, l’engouement pour la F1 a progressivement diminué. Si en 2006, 600 millions de personnes avaient regardé au moins 15 minutes d’une course, ce nombre est tombé à 350 millions en 2017. 

Le sport s’est alors isolé. Il a été relégué à un “sport de riche”, intéressant de manière caricaturale uniquement les hommes avec un haut niveau de vie et à la culture automobile poussée

La F1 a dû alors réagir, car son image de sport élitiste lui laissait de moins en moins de marge de manœuvre pour trouver des sponsors et continuer d’avoir des audiences correctes. Il fallait se réinventer et c’est ainsi qu’en 2018, la FIA commande la série Formula 1 : Drive to Survive

La Formule Netflix au service du sport

En 2018, le projet de série est présenté à Netflix, avec l’idée que cela les aidera à augmenter leur présence digitale et montrer leur bonne volonté de vouloir s’ouvrir au monde. Le principe est très simple : offrir un accès aux coulisses afin d’humaniser le sport. Et la F1 a de quoi montrer au public, son univers étant aussi riche que son audience historique :  des rivalités entre les écuries et pilotes, des personnalités fortes, des enjeux élevés, de la pression… Le terrain est idéal pour créer une narration à suspense avec des héros et des anti-héros.

Netflix met alors à l’œuvre son format, qui deviendra plus tard la norme pour attirer le public, de série documentaire et y ajoute à cela les codes usuels des séries de fiction. On y retrouve alors des épisodes avec un arc narratif propre, un focus sur les êtres humains dévoilant leurs craintes, ambitions et relations humaines, ainsi qu’une ambiance imaginée pour créer de l’émotion auprès du public. Netflix a même donné des rôles bien précis aux différents acteurs de la F1 : le méchant en la personne de Günther Steiner (patron de l’écurie Haas), l’idole charmeur mais sensible en Charles Leclerc (pilote monégasque chez Ferrari), un héros à la tête brûlée en Max Verstappen (pilote néerlandais chez Red Bull) et bien d’autres encore.

Cette méthode met tout en œuvre pour susciter la curiosité du spectateur tout en lui donnant un statut privilégié, car il assiste aux coulisses d’un sport aux histoires jusque là très bien gardées.

 Au début, le monde n’envisageait pas que la série puisse générer un réel engouement. Après tout, qui pourrait s’intéresser à une série documentaire sur des voitures tournant en rond pendant une heure ?  Pourtant, les 7 saisons qui la composent ne peuvent qu’être la preuve de son succès.

L’impact retentissant de Netflix sur la Formule 1

Aujourd’hui, la série Drive to Survive compte plus de 127 millions de vues, pour un total de plus de 600 millions d’heures de visionnage cumulées. Parmi toutes ces vues, plus de 31% proviennent de personnes entre 18 et 29 ans. 

Si cette série est un pari réussi pour la plateforme Netflix, elle l’est tout autant pour le sport automobile. Après avoir connu une baisse constante d’années en années, les audiences de la F1 ont progressivement remonté, gagnant 73 millions de téléspectateurs dans le monde à l’année 2023. 

Après la sortie de Drive To Survive, un changement d’audience a été enregistré. Si en 2017, les femmes représentaient 8% de l’audience, aujourd’hui, elles en constituent 40%.

Netflix a su lancer un mouvement d’intérêt pour la F1, en rajeunissant et divertissant la tranche d’âge socio-démographique. Le sport a alors commencé à se détacher progressivement de son image historique et n’est plus fermé à l’idée de renouveler son public. Cette évolution de l’audience, plus jeune et plus connectée, a permis à la F1 d’étendre sa présence digitale, avec les réseaux sociaux qui ont pris le relais pour promouvoir et partager le sport. 

Grâce à ce pivotage, le sport automobile a commencé à attirer l’attention de nouveaux sponsors moins traditionnels. En effet, toucher un plus grand marché permet aux marques d’avoir un plus grand terrain de jeu. Des marques de luxe comme Louis Vuitton ou TAG Heuer se sont mises à sponsoriser les Grands Prix, mais les marques de grandes consommations sont aussi arrivées, y voyant un intérêt puisque désormais leur cible première regarde la Formule 1. Ainsi, il n’est pas rare lors des Grands prix de voir les bannières de PepsiCo, Disney ou encore Mcdonald’s. 

Liberty Media, propriétaire de la Formule 1, affirme devoir à Drive To Survive la vision plus glamour et accessible dont bénéficie le sport aujourd’hui. Elle reconnaît également à la série l’arrivée en masse de nouveaux sponsors et son expansion.

Netflix a-t-il trouvé la bonne formule ?

Le succès de Formula 1 : Drive To Survive n’a pas été ignoré par Netflix, bien au contraire. Peu après sa sortie et l’engouement qu’elle a généré, Netflix a lancé le développement de multiples contenus dédiés au sport, en utilisant la même formule: une série documentaire aux codes des soaps opéras qui nous tiennent tant en haleine. 
La série Tour de France : au cœur du peloton a eu plusieurs impacts significatifs sur l’évènement français mythique. Sur le même schéma, la série nous fait  revivre les Tour 2022, 2023 et 2024 de manière immersive. L’année après sa sortie, l’audience enregistrée était en hausse chez les 15-24 ans et parmi les nouveaux fans, 54% étaient des femmes.

Si Netflix a un certain impact sur le sport, tous ne sont pas touchés de la même manière et il y a même eu certains loupés. En 2023, Netflix sort la série documentaire Break Point, consacrée au tennis. Cependant, la série n’a pas eu le succès escompté, malgré des audiences correctes et un classement dans le top 10 de plusieurs pays. Netflix a alors décidé d’annuler la série, dû au manque d’engouement et d’attente. 

Bien que le succès ne soit pas garanti, Netflix a réussi à frapper un grand coup dans le monde du streaming vidéo, donnant des idées à plusieurs plateformes.

Les plateformes suivent Netflix de près

Le succès généré par Formula 1 : Drive to Survive a rendu plus d’une plateforme de streaming jalouse, envieuses de connaître un tel succès et d’avoir un impact dans le monde du sport.

Amazon Prime avait déjà sorti un documentaire sur le sport en 2016, intitulé All or Nothing : a season with the Arizona Cardinals. Dans cette première saison, on peut y suivre l’équipe de football américain de l’Arizona lors de leur 96e saison en NFL. All or nothing est alors devenue la franchise sportive d’Amazon Prime, comptant plusieurs déclinaisons dans différents sports, allant du football américain au hockey sur glace. Cependant, même si All or Nothing est sorti avant Drive to Survive, une évolution dans la narration a pu être observée après la sortie du succès sportif de Netflix. De plus, une certaine accélération dans la production de la franchise a eu lieu. Entre 2019 et 2023, Amazon Prime a sorti plus de séries documentaires dédiées au sport que sur la période précédent Drive To Survive

AppleTV s’est également attaqué au sport, plus particulièrement le surf dans le même style que la série Netflix avec Make Or Break : au sommet des vagues. Dedans, on peut y découvrir rivalités, drames et coulisses de la World Surf League. 

Les exemples sur d’autres plateformes ne manquent pas, Youtube Orginals, HBO Max etc. Tous veulent mettre la main sur le sport.

Ainsi, si Netflix n’ont pas été les premiers à s’intéresser au sport, ils ont poussé les plateformes à revoir leur narration et manière de le raconter.

Le succès de Formula 1 : Drive to survive et la multiplication des séries documentaires sur le même modèle montre une convergence du monde du sport vers les plateformes, qui y voient une opportunité pour renouveler leur audience. La télévision et le sport pur ne suffisent plus pour satisfaire l’audience. 

L’arrivée d’Amazon Prime dans la diffusion d’événements sportifs en direct laisserait penser que ces derniers vont potentiellement délaisser peu à peu la télévision, au profit des plateformes.

Louison Pertriaux

Sources


  1. Hawes, C. (2024). “F1′s fanbase is shifting — and the ‘Netflix effect’ is only part of that”. CNBC
  1. Wadkar, A. (2025). “How did a Netflix series completely change F1”. The Drivers Hub. https://www.thedrivershub.com/how-did-a-netflix-series-completely-change-f1/
  1. Albert, E. (2018). “Comment la Formule 1 veut enrayer son déclin”. Le Monde. https://www.lemonde.fr/sport/article/2018/03/02/comment-la-formule-1-veut-enrayer-son-declin_5264489_3242.html
  1. Anonyme. (2025). “A history of how Formula 1 became a global pop culture phenomenon”. Scuderia Fans https://scuderiafans.com/a-history-of-how-formula-1-became-a-global-pop-culture-phenomenon/
  1. Gauthier, J. (2017). “La mondialisation de la F1 est-elle à l’origine de sa crise de popularité?”. Thèse d’État : Sports et relations internationales : IRIS. 
  1. Robardet, Q. (2023). “Comment la F1 est redevenue un sport cool”. INA. https://larevuedesmedias.ina.fr/f1-netflix-gp-canalplus-audience-liberty-media-grand-prix
  1. Van Vliet, P. (2025). “La F1 poursuit sa révolution économique : le sponsoring exploise”. Auto Journal. https://f1i.autojournal.fr/infos/liberty-media/la-f1-poursuit-sa-revolution-economique-le-sponsoring-explose
  1. Verdon, E. (2023). “Netflix se passionne pour les documentaires consacrés au sport”. RTS. https://www.rts.ch/info/culture/series/13791118-netflix-se-passionne-pour-les-documentaires-consacres-au-sport.html#
  1. Pataudi, H. (2024). “Succès des docu-séries : le pari payant de l’émotion”. No Com https://www.nocom.com/storymania/succes-des-docu-series-sportifs-le-pari-payant-de-lemotion/
  1. Bosson, P. (2023). “La série Netflix comme objet marketing – Le cas de Formula 1 : Drive to survive”. Digital Media Knowledge. https://digitalmediaknowledge.com/medias/la-serie-netflix-comme-objet-marketing-le-cas-de-formula-1-drive-to-survive

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