Depuis l’arrivée de la série Formula 1 : Drive To Survive sur Netflix, le sport automobile a profondément changé. Le géant des plateformes de streaming a aidé au renouvellement du sport automobile grâce à une recette maison et a créé des envieux chez ses concurrents.
Tous les fans de Football Manager ont connu ça : ces nuits blanches passées à faire monter le club de Vannes en Ligue des Champions, à dénicher la perle rare péruvienne de 17 ans pour une bouchée de pain ou à hurler sur un écran parce que son attaquant vedette a raté l’immanquable à la 93ème minute. Mais ce qui n’était qu’une addiction vidéoludique pour des millions de passionnés est devenu, en deux décennies, l’outil le plus sous-estimé des directions sportives européennes. Enquête sur le moment de bascule où le jeu a cessé de simuler le football pour commencer à le diriger.
Il y a encore dix ans, dire à un recruteur professionnel que vous aviez repéré un joueur sur Football Manager (FM) vous valait, au mieux, un sourire poli, au pire, une porte claquée au nez. Le football, le « vrai », se jouait sur le terrain, pas sur des tableurs Excel déguisés.
Aujourd’hui, la donne a changé. L’avènement médiatique de Will Still, l’entraîneur belgo-britannique de Ligue 1 (Reims, puis Lens), a fini de briser le plafond de verre. Lorsqu’il déclare ouvertement avoir affiné sa vision tactique et sa connaissance des joueurs grâce au jeu, il ne fait que dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. FM n’est plus un simple jeu vidéo, c’est une base de données mondiale d’une granularité effrayante.
Dans les entrailles de la matrice du « English Dream » :
Pour comprendre l’hégémonie de Football Manager, il faut remonter à sa genèse. Né en 1992 sous le nom de Championship Manager, le jeu est le fruit de l’obsession statistique de deux frères anglais, Paul et Oliver Collyer. Contrairement à son rival FIFA qui mise tout sur le graphisme et le spectacle, leur création mise sur l’austérité et la précision mathématique.
Sous la houlette du studio Sports Interactive, le jeu a bâti une armée de l’ombre sans équivalent dans le sport professionnel : un réseau de 1 300 scouts (observateurs) répartis dans 51 pays. Ces observateurs ne sont pas des algorithmes, mais des passionnés locaux, des entraîneurs de jeunes ou des journalistes qui notent chaque joueur sur plus de 250 attributs. Le niveau de détail est maladif : on ne note pas seulement la vitesse ou la finition, mais aussi la « détermination », « l’influence », ou encore la « propension aux blessures ». C’est cette densité de données qui a transformé le jeu en un oracle.
Le 31 décembre dernier, alors que le monde se préparait au réveillon, ils étaient nombreux connectés sur Spotify pour écouter le « Quiz de l’année » spécial FM plutôt que de lancer les confettis
L’annuaire universel ou « Le LinkedIn du crampon »
C’est ici que la comparaison avec LinkedIn prend tout son sens. De la même manière qu’un DRH utilise le réseau social professionnel pour « screener » le CV d’un candidat avant un entretien, les directeurs sportifs utilisent FM pour dégrossir le travail. Comme le soulignait une enquête de référence du Guardian, cette base de données est devenue une ressource que le football réel ne peut plus ignorer.
L’histoire fondatrice de cette méthode reste celle de Roberto Firmino. En 2010, Lutz Pfannenstiel, recruteur pour le club allemand d’Hoffenheim, repère le profil du Brésilien dans le jeu alors qu’il évolue en deuxième division brésilienne (Figueirense). Intrigué par les statistiques virtuelles exceptionnelles du joueur, il décide d’investir du temps et de l’argent pour aller le voir en vrai. Le pari est gagnant : Hoffenheim l’achète pour 4 millions d’euros. Quelques années plus tard, il sera revendu à Liverpool pour plus de 40 millions. L’anecdote a été confirmée par le recruteur lui-même, admettant que le jeu avait été le déclencheur initial de l’intérêt du club.
Si ce cas était isolé à l’époque, il est aujourd’hui devenu un standard silencieux. L’exemple récent de Ben Brereton Díaz, convoqué par l’équipe nationale du Chili après qu’un chercheur de la communauté FM a repéré sa double nationalité, prouve que le jeu a souvent un temps d’avance sur les fédérations.
Quand le virtuel prédit le réel : L’anticipation du « Swiss Model »
La puissance de simulation de Football Manager dépasse désormais le simple recrutement de joueurs. Le jeu possède une capacité prédictive sur les structures mêmes du football. L’exemple le plus frappant est l’actualité brûlante de cette saison 2024/2025 : la réforme de la Ligue des Champions.
Ce nouveau format, dit « système suisse » (une poule unique de 36 équipes remplaçant les groupes traditionnels), a semé la confusion chez les supporters et les commentateurs lors de son annonce par l’UEFA. Pourtant, une communauté n’était pas surprise : les joueurs de FM. Le studio Sports Interactive avait intégré cette réforme complexe dans le code du jeu plusieurs années avant son application réelle. En simulant des parties dans le futur, les joueurs avaient déjà expérimenté les avantages et les inconvénients de ce format. Le jeu sert désormais de « bac à sable » géant où l’on teste le futur du sport avant qu’il n’arrive.
La Révolution B2B d’Everton et Toulouse
Si les joueurs l’utilisent pour le plaisir, l’industrie l’utilise pour le business. La bascule « officielle » vers le monde professionnel s’est faite par étapes, transformant un jouet en outil B2B (Business to Business).
Historiquement, le club anglais d’Everton fut le pionnier en 2008 en signant un accord pour utiliser la base de données du jeu via Prozone afin de filtrer ses cibles de mercato.
Mais en France, c’est bien le Toulouse FC qui a poussé la logique le plus loin. Peu après le rachat du club par le fonds d’investissement RedBird Capital, le président Damien Comolli — figure de proue de l’utilisation de la Data — a acté un rapprochement stratégique. Dès 2020, le club occitan a confirmé se servir officiellement de la technologie de Sports Interactive pour épauler sa cellule de recrutement. L’objectif ? Utiliser la puissance de calcul du jeu pour repérer des talents sous-cotés et valider statistiquement les intuitions des scouts terrain.
Toulouse va bientôt se servir du jeu « Football Manager » pour son recrutement
Enfin, en 2024, la boucle a été bouclée au niveau mondial avec la connexion du jeu à TransferRoom. Cette plateforme est l’outil de travail quotidien de plus de 800 directeurs sportifs pour acheter et vendre des joueurs en direct. En intégrant les données de Football Manager à cet écosystème, la note virtuelle d’un joueur influence désormais sa visibilité réelle sur le marché des transferts.
De YouTube au banc de touche : L’expertise du streamer Arthur Ray
Si Will Still est l’exemple de la réussite institutionnelle, le phénomène s’étend désormais aux créateurs de contenu qui utilisent le jeu comme un véritable CV tactique. L’exemple le plus fascinant est celui d’Arthur Ray. Ce Youtuber français, suivi pour ses tutoriels pointus et ses analyses tactiques, a franchi la barrière de l’écran pour intégrer le monde professionnel.
Sa crédibilité a d’abord été validée par le monde pro traditionnel. Récemment, le Pau FC (Ligue 2) lui a ouvert ses portes pour une immersion de 48 heures au cœur du staff technique. Loin d’être une simple opération de communication, cette expérience a prouvé que la gymnastique intellectuelle exigée par FM : analyse vidéo, gestion des séances, causeries…est une compétence transférable au quotidien d’un club professionnel.
Mais c’est dans le « Nouveau Football » que son profil hybride explose. Repéré pour sa maîtrise analytique, Arthur Ray a rejoint le projet du streamer Domingo et de son équipe, le FC Silmi, en vue de la future Kings League France. Dans cette compétition où les règles du jeu vidéo et du football se mélangent, son expertise de la « Data FM » devient une arme stratégique pour construire l’équipe et déjouer les plans adverses.
📺 À voir : Pour comprendre la complexité tactique que demande le jeu aujourd’hui, la vidéo « COMMENT BIEN DÉBUTER SUR FM26 ET PRENDRE EN MAIN L’INTERFACE ! Guide Football Manager 26 » d’Arthur Ray est un modèle de pédagogie. Elle démontre que pour gagner sur FM, il faut penser comme un coach réel.
Football Manager a gagné sa guerre culturelle. Il est passé du statut de « passe-temps de geek » à celui d’outil stratégique incontournable, capable de prédire les réformes de l’UEFA, de servir de filtre pour le recrutement du Toulouse FC ou de propulser un Youtuber dans le staff d’un club de Ligue 2. Pour les étudiants et futurs professionnels du Sport Business, la leçon est majeure : la prochaine révolution du sport ne viendra peut-être pas d’un laboratoire de performance high-tech, mais d’une simple chambre d’étudiant équipée d’un ordinateur portable.
La retransmission sportive est devenue de plus en plus prisée des chaînes gratuites et payantes pour réaliser d’importantes audiences, fidéliser les spectateurs et générer de substantielles recettes publicitaires.
Mais ce marché stratégique a aussi suscité l’intérêt des géants technologiques et les GAFA, Amazon et Apple, ont récemment consolidé leur présence sur ce secteur.
Selon une étude de l’ARCOM parue en 2022, l’audience moyenne annuelle des retransmissions sportives, qu’il s’agisse d’événements récurrents ou d’émissions, connaît une légère baisse sur les chaînes TV historiques de la TNT depuis 2014.
Cette tendance concomitante de la montée en puissance des nouveaux arrivants du secteur souligne une évolution du paysage médiatique, marquée par des dynamiques changeantes et des enjeux concurrentiels croissants.
Un marché de la retransmission sportive en mutation
La multiplication des éditeurs et l’arrivée de plateformes américaines à gros moyens, dont certaines, à l’image d’Amazon Prime Video, sont déjà bien établies sur le marché français de la captation sportive, ne cesse d’ébranler le marché global des droits TV en constante hausse depuis 2012 (+57% entre 2012 et 2019) selon l’ARCOM.
La diffusion des internationaux de tennis français reflète bien les mutations du marché.
Le tournoi, historiquement diffusé uniquement par les chaînes du service publique (France TV) a désormais, depuis 2019, ses sessions de nuit proposées par Amazon sur sa plateforme vidéo. Suite à la renégociation des droits en 2019, la FFT avait ainsi pu se réjouir d’avoir augmenté ses revenus issus des droits TV de « plus de 25% ».
Elle a toutefois suscité de nombreuses critiques sur la méthode utilisée pour atteindre ces recettes « d’environ 25 millions d’euros » avec les droits de diffusion (lot 2+ Co-diffusion ½ finales et finales) cédés à Amazon. On pense par exemple à la polémique autour du quart de finale opposant Novak Djokovic à Rafael Nadal diffusé uniquement sur Prime Video et privant de nombreux fans de tennis de suivre cette rencontre gratuitement.
On pourrait citer également le groupe TF1 qui a perdu au profit de Canal+ les droits de retransmission de la F1 alors qu’il en était le diffuseur historique jusqu’en 2012.
De même, W9, diffusa de 2010 à 2018 des matchs de la ligue Europa jusqu’à ce que le groupe payant RMC en reprennent les droits.
Sur un marché des droits sportifs aux tendances inflationnistes, les chaînes gratuites se font de plus en plus concurrencer sur la diffusion des compétitions majeures.
L’analyse de l’ARCOM, montre aussi une réelle érosion des heures de retransmissions sportives en télévision gratuite (cf. graphique).
Elle constate également une écrasante domination des chaînes payantes, sur le secteur de la captation sportive, en termes d’heures de diffusion malgré une diminution du nombre de chaînes payantes diffusant des programmes sportifs depuis plusieurs années. Ainsi, sur les 145 335 heures de programmes sportifs diffusés en 2019, 95 % sont proposées par des chaînes payantes (137 553 heures), contre 5 % par des chaînes gratuites (7 024 heures).
Cependant, les chaînes gratuites restent compétitives sur la diffusion sportive, portée par les chaînes du service public
Car, en dépit de la hausse des droits TV et de l’érosion constante des heures de retransmission sportive depuis 2016, les chaînes gratuites conservent les droits de diffusion des courts extraits d’évènements sportifs et bénéficient d’une liste de diffusion d’évènements sportifs d’importance majeur établie par la loi relative à la liberté de communication.
Par ailleurs, hors de ce cadre juridique, elles détiennent toujours des droits de diffusion stratégiques payants comme certains matchs attractifs de coupe du monde de football pour TF1 ou des matchs d’Europa League pour le groupe M6.
La chaîne thématique L’Équipe reste aussi très attractive pour les « fans » de sport avec de nombreux contenus sportifs (émissions, gala du ballon d’or, reportages, extraits de match et résumés) comme certains matchs de coupe du monde en phase éliminatoire, par exemple, ou l’intégralité de la ligue des nations, d’intérêt plus « secondaire ».
Laurent-Éric Le Lay, l’actuel directeur des sports de France Télévisons soulignait dans un entretien au journal Le Point en 2021 qu’au-delà de la loi précitée : « le sport a besoin d’être vu par le plus grand nombre ».
Même si la tendance globale à la baisse de la diffusion de contenus sportifs audiovisuels en télévision gratuite s’inscrit dans un mouvement plus global de baisse de consommation de contenus sur ces chaînes, les retransmissions sportives atteignent souvent des niveaux d’audience très élevés en télévision gratuite, notamment en « prime time ».
Les chaînes gratuites ont en effet, pour l’instant, une plus grande capacité à toucher une cible large que les chaînes et les plateformes payantes car elles touchent une audience moins spécialisée qui découvre ainsi de nouvelles disciplines sportives.
« …quand vous êtes diffusés sur une chaîne gratuite, vous avez des audiences incroyablement supérieures. Et parmi cette audience se trouvent des gens qui sont moins fans et qui découvrent de nouveaux sportifs et de nouvelles disciplines » (Le Lay, L-E)
Source : article de Rebucci, J. LePoint.fr
Elles se positionnent généralement sur des compétitions « événementielles » et développent un solide « partenariat avec l’organisateur de la compétition » et « les fédérations », pour toucher le plus grand nombre de spectateurs. La qualité de la relation entre les chaînes historiques et les ligues sportives professionnelles compte également dans cette course aux retransmissions sportives, les ligues cherchant les partenariats et les modèles de diffusions les plus adaptés à leurs sports et à leurs besoins.
Laurent Éric Le Lay, rappelle dans l’entretien mentionné ci-dessus que la valorisation d’événements « passe … aussi par la capacité des chaînes gratuites à réaliser divers reportages et émissions autour du sport et des athlètes concernés ».
Les chaînes payantes, visent ainsi plus fréquemment des compétitions à dimension « feuilletonnante » (ligue 1, Top 14) et une programmation régulière avec un objectif de fidélisation de leur audience.
Les chaînes gratuites restent compétitives sur la retransmission sportive mais à quel prix et pour combien de temps ?
La compétitivité des chaînes gratuites sur le marché de captation sportive reste cependant très liée à leurs capacités d’investissements et d’acquisitions de droits TV d’évènements sportifs qu’ils soient « secondaires » ou « premium ».
Mais les chaînes gratuites enregistrent des taux de croissance de leurs CA globalement peu dynamiques. Le groupe FTV enregistre une baisse de 9% sur la période 2012-2022, en raison de la baisse des dotations de l’État et des recettes publicitaires. Le taux de croissance des chaînes privées gratuites est en baisse de -2% depuis 2006. Les chaînes historiques TF1 et M6, ont vu leurs CA baisser constamment sur cette période. Cela s’explique, en partie, par une baisse du chiffre d’affaires publicitaire pour la grande majorité des groupes TV. Les chaînes historiques privées TF1 et M6 ont ainsi constatées une baisse de 23% de leurs recettes publicitaires depuis 2006 (-518 M €). Moins impacté, car dépendant à 80% des recettes publiques, le groupe France TV constate tout de même une diminution de 4% de ses recettes liées à la publicité sur la période (-137 M €).
Cette situation, surtout quand on sait que les chaînes privées dépendent à plus de 50% des investissements des annonceurs, (cf. Bilan financier des chaînes gratuites – 2022 – Arcom), si elle devait perdurer ou s’accentuer questionne la capacité future des chaines gratuites à investir encore sur du contenu sportif « premium » et pas seulement « secondaire » et dont la rentabilité n’est pas immédiate lors de sa diffusion.
D’autant que les plateformes GAFA comme Amazon deviennent de plus en plus attractives pour les annonceurs et acquièrent de nouveaux droits TV sportifs au détriment des chaînes gratuites françaises (mais aussi des chaînes à péage).
Valorisés à plusieurs centaines de milliards de dollars, les éditeurs numériques américains s’intéressent de plus en plus aux retransmissions sportives.
On les voit arriver sur ce marché, y compris en France, avec Amazon en tête de peloton.
Dès lors, l’effet de ciseau crée par la contraction des chiffres d’affaires des chaines gratuites suite notamment à la réduction des revenus publicitaires et la force de frappe économique des plateformes pourrait bien fragiliser à terme les chaines gratuites sur le segment de la captation des événements sportifs.
Traditionnellement diffusés par les chaines de télévision, publiques ou privées, les évènements sportifs attirent de plus en plus les géants du numérique.
Le dernier gros coup en date a été réalisé par Google en décembre dernier, en obtenant la diffusion sur YouTube des matchs du dimanche de la NFL, le championnat de football américain, durant 7 ans. Pour remporter ce prestigieux « Sunday Ticket », la note est élevée puisque le New York Times l’estime à 2,5 milliards de dollars par an.
Photo de Luis Santoyo sur Unsplash
Les rencontres seront une option en plus sur YouTube TV, un service qui donne accès à de nombreuses chaînes de télévision aux Etats-Unis. Les Américains pourront également y avoir accès « à la carte », grâce aux YouTube Primetime Channels. Avec la NFL, YouTube espère augmenter son nombre d’abonnés qui, en juillet dernier, atteignait déjà 5 millions. Certes c’est une plateforme de streaming, mais puisque c’est également un distributeur, cela pourrait être bénéfique aux chaînes linéaires présentes dans le bouquet de YouTube TV.
Jusqu’à présent, YouTube ne touchait pas au direct et s’arrêtait au contenu en lien avec le sport. La plateforme disposait d’ailleurs déjà d’un partenariat avec la NFL, et diffusait des vidéos des coulisses de la compétition, ou des talk-shows. Google fait donc à son tour officiellement son entrée dans la retransmission du sport en direct.
D’autres géants ont passé le cap avant lui.
Où en sont les autres ?
Cet accord à 2,5 milliards de dollars montre à quel point les GAFA ont une importance croissante sur le marché des droits sportifs mondiaux. Depuis plusieurs années, certaines entreprises, notamment des plateformes SVOD, tentent de se diversifier et d’investir dans la diffusion du sport, un domaine à fort potentiel. C’est d’autant plus attractif pour des acteurs qui basent leur business model sur la publicité (comme Facebook) car les audiences sont généralement très fortes. Un acteur comme Amazon y voit également l’opportunité d’attirer de nouveaux clients vers son abonnement Prime, qui inclut à la fois des livraisons gratuites et une plateforme vidéo, et ainsi vers son site marchand.
À part Google et la NFL, quels deals ont été conclus ?
En 2022, Apple a annoncé avoir acheté les droits de l’intégralité des rencontres de la Major League Soccer (MLS), le championnat de football nord-américain. 250 millions de dollars au minimum par saison jusqu’en 2032, c’est ce qu’aurait accepté de payer l’entreprise. Pour regarder ces matchs, les utilisateurs pourront se rendre sur Apple TV, la plateforme de streaming d’Apple, et devront payer un abonnement supplémentaire. Avant cela, un partenariat avait été conclu entre Apple et la Ligue majeure de baseball (MLB), avec une diffusion de deux matchs en direct le vendredi, ainsi que des émissions comme le Friday Night Baseball. Cette retransmission n’est pas encore disponible en France mais elle l’est dans de nombreux autres pays, y compris des pays européens comme le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Italie.
De son côté, Disney a déboursé 3 milliards de dollars pour conserver les droits télévisés traditionnels du cricket en Inde, une discipline qui attire des millions de téléspectateurs. Cependant, le groupe a perdu les droits de diffusion de la compétition en streaming qui sont extrêmement précieux, avec une consommation de contenus sportifs sur portable qui explose. C’est un gros coup dur pour Disney qui pourrait perdre jusqu’à 20 millions d’abonnés sur Disney+. A travers les chaînes ABC et ESPN, qu’il détient à 80%, le groupe Disney a mis la main sur d’autres droits sportifs, notamment ceux de la NBA. Ces derniers prendront fin en 2025, mais Disney veut les renouveler.
Amazon, vrai leader
Dans la conquête des droits sportifs, Amazon reste l’acteur le plus avancé. On se souvient de son entrée fracassante dans la diffusion du football français lorsque le géant a obtenu les droits de 80% des matchs de Ligue 1 et de l’intégralité de ceux de Ligue 2 pour la modique somme de 250 millions d’euros par an. Il est désormais possible de contempler les dribbles endiablés de Neymar Jr en passant par la plateforme Prime Video, à condition d’avoir payé l’abonnement supplémentaire (le « Pass Ligue 1 »).
Le Pass Ligue 1 sur Prime Video Source : Primevideo.com
Avant cela, Amazon avait déjà acheté les droits exclusifs de certaines rencontres de Roland Garros. Cet accord a fait grand bruit, certains estimant que les sports comme le tennis ou le cyclisme n’ont rien à faire sur des plateformes SVOD. En effet, les fans pouvaient jadis regarder tout Roland Garros gratuitement sur les différentes chaînes de France Télévisions. Ils doivent désormais s’abonner et débourser de l’argent.
Amazon avance également ses pions hors de France. Aux Etats-Unis, Prime Video retransmet les matchs du jeudi soir de la NFL ainsi que certains matchs de baseball des Yankees. La plateforme diffuse également plusieurs rencontres de la Premier League anglaise. Le groupe a même réussi à mettre la main sur les droits de la Ligue des Champions dans plusieurs pays comme l’Allemagne et l’Italie. A l’approche de la fin du mariage NBA-ESPN/TNT, les chaînes de Disney et Warner Bros, Amazon apparaît de plus en plus comme un sérieux concurrent qui pourrait rejoindre la prochaine bataille des droits du basketball. Le combat risque d’être intense, et le prix de la compétition devrait atteindre des records.
Face à la croissance exponentielle de son offre de contenus sportifs, Amazon pourrait innover. Selon certains médias, une application entièrement dédiée au sport serait en développement. Cette dernière permettrait à la fois d’alléger la plateforme Prime Video, mais aussi de mettre davantage en valeur son catalogue sportif. L’idée peut être intéressante, mais ce serait néanmoins un challenge pour Amazon qui se verrait obligé d’investir encore plus dans ce domaine. L’entreprise pourrait être tentée de mettre en place un coût supplémentaire pour avoir accès à ces contenus sportifs sur l’application. Peu d’informations ont filtré et il est tout à fait possible qu’elle ne voie jamais le jour. Cependant, ce projet montre à quel point Amazon ne compte pas s’arrêter là, et souhaite s’imposer comme un véritable leader dans la diffusion du sport en direct. C’est ce que viennent confirmer les propos du PDG de l’entreprise, Andy Jassy, qui a déclaré “I think you’ll continue to see us investing in sports. Sports is such a unique asset. If you look every year at the most watched programs, sports often occupies 75% of those spots. They drive live engagement and they drive Prime subscriptions”
Quid de Netflix ?
Amazon, Google, Apple, Disney…presque tous les géants du numérique se mettent à investir dans le sport en direct. Mais où en est Netflix ?
Comme ses nombreux concurrents, Netflix tente de se diversifier. A la fin de l’année 2022, les spéculations grandissaient sur son entrée ou non sur le marché des droits sportifs. En effet, un premier pas a été fait dans ce domaine, avec des séries en lien avec le sport. On peut citer Formula 1 qui a eu un succès retentissant. Avec ce triomphe, Netflix pourrait avoir l’envie de se mettre à diffuser du sport en direct. La plateforme aurait en outre essayé d’obtenir les droits de diffusion en direct de la Formule 1 (aux Etats-Unis), mais aurait échoué face à Disney. Les droits de diffusion trop onéreux l’auraient également fait renoncer à retransmette des matchs de tennis de l’ATP Tour dans certains pays européens.
La série Netflix Formula 1 Pilotes de leur destin Source : Netflix.com
Des rumeurs ont suggéré que Netflix serait en train de discuter avec certaines ligues, dans le but de diffuser des sports moins connus tel que le surf. Cependant, en décembre 2022, le co-PDG de l’entreprise a déclaré qu’elle ne pouvait pas se permettre d’investir dans les droits sportifs. Ce n’est pas faute d’intérêt, il ne ferme pas la porte, mais il indique que pour le moment, ils ne voient pas comment rendre cet investissement rentable.
GAFA et chaînes de télévision, une compétition peu équilibrée
En se mettant à diffuser du sport en direct, les GAFA viennent concurrencer les chaînes de télévision. Mais peut-on vraiment parler d’une concurrence ? En tout cas, elle semble assez déséquilibrée. Pour obtenir les droits des compétitions qu’ils souhaitent, les géants du numérique dépensent des sommes astronomiques face auxquelles les chaînes ne peuvent tout simplement pas rivaliser. Les montants de ces droits atteignent des sommets qui auraient paru inenvisageables il y a quelques années. D’autant plus que le retour sur investissement est dur à évaluer. Un acteur comme Amazon peut se permettre de perdre de l’argent. Sa stratégie vise plus à gagner en visibilité qu’à s’enrichir directement.
Actuellement, les GAFA semblent assez intouchables, et on a du mal à imaginer un futur où ils ne contrôleraient pas dans son intégralité la diffusion des sports en direct. Pour survivre, les chaînes de télévision devront se réinventer et innover. Cependant, l’argent ne fait pas tout et les échecs sont possibles, comme celui de Médiapro avec Téléfoot. Les GAFA doivent réussir à mobiliser les audiences, à recruter des abonnés, à une époque où le piratage explose.
Quelle stratégie pour GoPro sur les réseaux sociaux ?
On ne la nomme plus, elle nous accompagne de partout dans notre quotidien mais surtout en vacances : la Gopro, cette petite caméra que l’on peut emporter de partout et par toutes les conditions, fait l’objet aujourd’hui d’une attention toute particulière. En effet, elle est considérée comme l’une des marques les plus inspirantes sur les réseaux sociaux. Quelle est donc cette fameuse stratégie qui place GoPro comme leader sur les réseaux sociaux ?
GoPro est une marque de caméra fondée en 2005, originellement créée par Nick Woodman, un surfeur californien souhaitant optimiser ses sessions et prendre en photo sa passion. Il raconte : « À l’époque, les seules options étaient d’utiliser un appareil jetable étanche […]. Mais 9 fois sur 10, soit vous loupiez la photo, ou vous vous blessiez et souvent, vous perdiez l’appareil dans l’eau. J’avais l’impression d’être en train d’inventer la plus importante création du monde du surf ».
Créée par un passionné, pour des passionnés, les amateurs de sensations fortes adoptent peu à peu la petite caméra et la placent au cœur de leurs sessions sportives. Sous l’eau, dans la neige, dans le vide ou encore en parachute, la GoPro permet à ses utilisateurs d’immortaliser leurs meilleurs moments et de partager leur passion à leur communauté sur les réseaux sociaux.
GoPro, ou les maîtres de l’User Generated Content.
Le premier volet du succès de GoPro sur les réseaux sociaux, et le plus efficace, concerne l’usage de User Generated Content. En effet, la grande majorité du contenu posté sur les réseaux, que ce soit Facebook, Twitter, Instagram ou encore Youtube, est créé directement par les consommateurs de GoPro, aka les passionnés.
Originellement créée pour les surfeurs, GoPro s’est étendue progressivement vers tous les amateurs de sensations fortes, professionnels ou non, et s’est même inscrite dans le quotidien de personnes lambdas souhaitant immortaliser des instants spéciaux. La cible étant plutôt jeune (16-35 ans), ces personnes sont les acteurs principaux des réseaux sociaux car ce sont des générations qui sont nées et/ou ont grandies avec les réseaux. Ainsi, le partage et la publication de contenus est presque évidente pour ces derniers qui vont ainsi générer beaucoup de UGC.
Cela donne ainsi à GoPro la chance d’avoir accès à une source inépuisable de contenus originaux, pour laquelle les utilisateurs n’attendent presque uniquement que de la reconnaissance en retour : avoir leur photo / vidéo postée sur l’une des pages de GoPro.
L’approche de GoPro par rapport à cet UGC est unique, car le produit en lui-même – la caméra – est rarement montré. Les utilisateurs les plus importants font exactement ce qu’ils sont censés faire avec la caméra : immortaliser leurs instants de vie, leur sport et leur passion.
Cette manière de promouvoir la marque offre la possibilité d’un fort engagement de la part des utilisateurs sur les réseaux, qui se reconnaissent dans le UGC.
Pour faciliter ce flux continu de User Generated Content, GoPro a anticipé et a même créé un canal de partage directement sur son produit. Grâce à l’application GoPro, les utilisateurs peuvent éditer et partager leurs photos et vidéos directement sur Instagram, Facebook ou encore Youtube. GoPro devient donc un outil central dans le partage des activités sur les réseaux et oriente clairement sa stratégie sur le UGC.
Ces contenus permettent ainsi aux nouveaux utilisateurs d’avoir accès à une multitude de retour d’expérience plus que convaincants : les images sont magnifiques, traduisent des passions communes et des expériences sensationnelles. Tout « fait envie » et pousse les nouveaux utilisateurs de GoPro à participer et à intégrer la communauté.
Capture d’écran du compte Instagram de Gopro @gopro.
Afin de pousser les utilisateurs à créer du UGC, GoPro gamifie son fonctionnement en lançant de nombreux challenges et autres concours. En effet, la marque lance les GoPro Awardsqui sont des concours où les utilisateurs sont invités à capturer leurs plus beaux instants et à les soumettre à GoPro. Les gagnants des différents challenges gagnent des lots, de l’argent, mais surtout une couverture médiatique sur les réseaux de GoPro. Divers challenges existent sur différents thèmes, comme « the photo of the day » ou encore « be a hero challenge ».
Des images sensationnelles promues par des célébrités portant les valeurs du sport de haut niveau.
La stratégie de GoPro repose également sur un contenu digital sensationnel. L’expérience GoPro fait rêver, et pour cela la marque a très bien compris quels moyens utiliser.
Tout d’abord, le UGC créé et repartagé par GoPro ne montre que des photos et vidéos fabuleuses. Entre paysages, hautes sensations ou encore vues du ciel, le contenu fait rêver et associe l’expérience sensationnelle directement à l’utilisation de GoPro. En voyant cela, le consommateur se projette (car les photos et vidéos viennent d’un utilisateur comme lui) et se dit qu’en utilisant la GoPro il aura accès aux mêmes expériences.
Pour accentuer cette expérience, GoPro s’inscrit dans une stratégie de marketing d’influence en promouvant sa marque par des stars et autres sportifs de haut niveau connus et réputés dans leur domaine.
La marque possède 10,6 millions d’abonnés sur Youtube et attire ainsi beaucoup d’audience grâce à ce genre de vidéos.
Ces célébrités du sport qui utilisent la GoPro dans des conditions extrêmes et professionnelles jouent donc quelque part le rôle de Key Opinion Leader car leur opinion compte : leur professionnalisme leur confère de la crédibilité, et montre que la GoPro peut s’utiliser même par les plus grands.
Ici, les logiques du celebrity endorsement sont rencontrées de bout en bout : les sportifs de haut niveau sont crédibles car professionnels ; ils sont beaux et jeunes et renvoient une image saine et ambitieuse ; leurs caractéristiques collent entièrement avec les caractéristiques de GoPro qui promeut les sensations fortes et les images spectaculaires ; enfin, les sportifs de haut niveau représentent des valeurs importantes dont la communauté va s’imprégner, véhiculées par la simple phrase qui est maintenant leur slogan : « Be a hero ». D’ailleurs, chaque modèle de caméra porte ce nom : Hero.
Pour renforcer cette image de héro, GoPro est maintenant en partenariat avec la boisson énergisante Redbull qui promeut les mêmes valeurs et ambitions. En effet, Redbull organise de nombreux événements dédiés aux sports à sensations fortes de haut niveau (cliff diving, porsche race, formula one). GoPro couvre ainsi la totalité des événements Redbull. Redbull associe son image à la création de tels événements et GoPro associe son expertise audiovisuelle et ses images spectaculaires. Combinées, les deux marques comptent près de 40 millions d’abonnés rien que sur Instagram, ce qui promet un partenariat ambitieux et procréateur.
Adobo magazine
« L’envergure et les capacités d’exécutions mondiales de Redbull sont impressionnantes, ce qui rend ce partenariat très stratégique pour GoPro. Nous partageons la même ambition d’être une source d’inspiration dans le monde entier, afin d’inciter le public à vivre intensément. » Nicholas Woodman, CEO de GoPro.
Une communauté très forte.
GoPro repose sur un fort esprit de communauté.
D’une part, GoPro organise sa propre communauté grâce au site community.gopro.com sur lequel on y retrouve des forums de discussion où les utilisateurs expérimentés peuvent aider les nouveaux dans la prise en main de leur appareil. Des ingénieurs et autres professionnels de GoPro sont également présents sur les forums pour promouvoir des messages important et aussi aider les utilisateurs.
Depuis peu, un nouvel espace de la communauté existe, appelé les GoPro Labs, où les ingénieurs proposent de nouvelles fonctionnalités à tester par les utilisateurs expérimentés. Ces derniers laissent leurs avis et permettent aux équipes de développement de savoir si cette nouvelle fonctionnalité en question vaut le coup ou non.
“GoPro Labs is an initiative to deliver new, experimental features to our GoPro community. Many of these features originated from internal hackatons […]. We don’t promise any of these will make it to a production camera, but they’re cool enough and cooked to give you a taste. Why hold back anymore?”
Capture d’écran de la page GoPro Labs
GoPro va plus loin en proposant également la plateforme Open GoPro où l’utilisateur peut développer lui-même des fonctionnalités personnalisées à intégrer à sa caméra. Par le biais de la communauté, l’utilisateur peut atteindre un degré de personnalisation précis.
Par la multitude de UGC, on se rend donc compte que c’est la communauté de GoPro qui promeut l’objectif principal : être un héros. De nombreux groupes informels sont créés sur les différents réseaux (groupes Facebook, pages Instagram etc…), gérés par des utilisateurs expérimentés qui souhaitent uniquement partager la passion GoPro.
Chaque membre de la communauté est un ambassadeur pour GoPro.
Mathilde Comte
Gopro.com. GoPro Awards | Défis vidéo et photo. [online] Available at: <https://gopro.com/fr/fr/awards>
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Sport Stratégies. Red Bull donne des ailes à GoPro. [online] Available at: <https://www.sportstrategies.com/red-bull-donne-des-ailes-a-gopro/>
DigiSchool commerce. GoPro : Etudes, Analyses Marketing et Communication de GoPro. [online] Available at: <https://www.marketing-etudiant.fr/marques/gopro-marketing.html>
Comment GoPro stimule la fidélité à la marque avec l’UGC |. [online] Available at: <https://clarksbarandrestaurant.com/social-spotlight-how-gopro-fuels-brand-loyalty-with-ugc>
L’arrivée du groupe audiovisuel espagnol Médiapro qui a acquis la quasi totalité de la Ligue 1 pour la période 2020 à 2024 pour un montant impressionnant qui flirte avec le milliard d’euros a retenti comme un coup de tonnerre sur le marché des droits TV. Le groupe espagnol inconnu du grand public a depuis annoncé la création en France d’une chaîne de télévision dédiée qui mettrait donc fin à plus de 30 ans d’hégémonie de Canal+ sur la compétition reine en France.
Evènement suffisant pour parler de « révolution » comme l’ont fait l’ensemble des médias ? Sans doute pas.
En effet, si cette évolution récente, couplée à celle d’Altice il y a quelques années est bien réelles elle n’a rien de « révolutionnaire ». De nouveaux acteurs apparaissent mais ils restent des acteurs traditionnels du paysage audiovisuel européen : Médiapro a une expérience télévisuelle réelle en Espagne en ayant déjà lancé un certain nombre de chaînes (La Sexta, Gol Télévision, etc.) tandis qu’Altice est dans une stratégie bien connue de « convergence médias-télécom » et ne fait qu’imiter Orange ex-acteur du sport en France (avec Orange Sport) ou ses homologues britanniques Sky et BT. La vraie révolution, le véritable bouleversement du marché n’est pas là : il est dans l’émergence des géants du numérique que sont Amazon, Facebook, Twitter ou Netflix dans ce secteur.
Ces géants se sont d’ailleurs déjà montrés
intéressés par l’acquisition de contenus télévisés sportifs : après avoir
acheté les droits audio de Bundesliga pour la période 2017-2021, Amazon
diffusera en exclusivité pour ses abonnés l’US Open de Tennis au Royaume-Uni,
la plateforme avait aussi acquis 10 matchs de NFL (football américain) pour
2017 mais vient surtout d’acquérir un lot de diffusion de la Première League
anglaise (20 matches de Championnat par saison sur sa plateforme Prime Video
pour la période 2019-2022). Facebook diffusera des matchs de la Liga en Inde
pour les trois prochaines saisons et a noué un partenariat avec Eleven Sport
qui a acheté les droits de la Liga et de la Serie A pour le Royaume-Uni afin de
diffuser un match gratuitement par semaine. Le réseau social s’était déjà lancé
l’an dernier sur le marché avec la diffusion de la Major League Soccer (la
première division aux Etats-Unis) et de la Ligue des Champions aux Etats-Unis.
Enfin, il y a quelques mois, Facebook a recruté Petter Hutton, le directeur général
d’Eurosport, ce qui confirme cette volonté de s’insérer sur ce marché. Twitter
avait réussi à s’emparer des droits numériques de 10 matchs de NFL, de matchs
de NHL (hockey sur glace) et de matchs de MLB (baseball) en 2016. Google et
Netflix sont, pour l’instant, les deux géants les moins actifs sur ce marché
même si ce dernier a tout de même produit en février 2018 la série « Club de
légende : Juventus », un documentaire sur la Juventus de Turin. Ainsi, la
volonté de ces nouveaux acteurs d’entrer sur le marché des droits TV dans le
football ne fait absolument aucun doute.
Les droits sportifs: des contenus fédérateurs et une promesse d’audience et d’abonnements
L’audience promise par ces contenus est tout d’abord
très attractif pour des acteurs comme Facebook ou Twitter qui, comme les
chaînes gratuites, basent leur business model sur la publicité. Ainsi, comme le
relate le sénateur David Assouline dans son rapport parlementaire[1],
en 2016, 23 des 25 plus fortes audiences sont des contenus sportifs depuis la
création de Médiamat en 1989 (mesure de l’audience). En mettant le tableau à
jour avec l’entrée de France-Belgique et de France-Croatie, le football
représente 22 des 25 plus fortes audiences, soit près de 90%.
Par ailleurs, les audiences sur des chaînes plus modestes, comme les chaînes de
la TNT sont aussi impressionnantes depuis plusieurs années : W9 a réuni 4,6
millions de téléspectateurs pour le match d’Europa League qui opposait
l’Olympique de Marseille à Salzburg et a réalisé ce soir là le record de la
chaîne. 9 des plus fortes audiences de la filiale du Groupe M6 sont par
ailleurs des contenus footballistiques. Dans la même veine, la filiale du
groupe Canal+, C8 a aussi réalisé ses 3 plus grosses audiences grâce au
football, allant jusqu’à réunir 4,2 millions de téléspectateurs devant la
finale de la Ligue des Champions de 2016 qui opposait les deux clubs de Madrid.
Plus encore, ces contenus permettent aux diffuseurs de réaliser un score
d’audience supérieur aux scores moyens mesurés sur la même plage horaire, comme
le montre ce graphique réalisé par le CSA[2]
On constate donc que la part d’audience moyenne
des retransmissions étudiées des matchs de l’Euro s’élève à 40% soit presque le
double de la part d’audience moyenne de la chaîne sur les mêmes créneaux
horaires (21,5%). Le résultat est encore plus impressionnant pour le match
ayant réuni le plus de téléspectateurs (France-Allemagne), puisqu’en atteignant
68,2% de part d’audience, il multiplie presque par 3 l’audience moyenne de la
chaîne. Il est intéressant de constater que même le match au score le plus
faible a tout de même surpassé l’audience moyenne de TF1.
Au- delà de la perspective d’audiences très
importantes, des acteurs comme Twitter ou Facebook recherchent aussi des
contenus « fédérateurs » qui permettront d’accroitre l’engagement de leurs
utilisateurs et de susciter des interactions sur leur plateforme.
Amazon doit sans aucun doute voir dans le
football un magnifique produit d’appel pour sa plateforme « Amazon Prime ».
La firme adopte une stratégie similaire aux FAI en espérant enregistrer des
abonnements grâce à ces contenus premium que sont les droits sportifs. L’Ofcom
explique ainsi que pour 60% des abonnés à des « chaînes de sports » payantes,
la Premiere League est essentielle dans leur offre de télévision. Cet
impressionnant chiffre se maintient à 47% lorsqu’il s’agit de la Ligue des
Champions. Ainsi, si l’on prend l’exemple de l’opérateur téléphonique Sky qui
s’est mis à proposer des offres « triple play », c’est à dire des offres qui
combinent internet, téléphonie et télévision (exemple qui n’est pas sans
rappeler le modèle d’Altice-SFR en France) en y incluant des contenus
footballistiques, on constate que le football a été un magnifique produit
d’appel. Ces contenus ont ainsi permis à Sky de faire passer leur part de
marché de 15% en 2010 à 24% en 2016 comme l’explique parfaitement Bastien Drut[3] à partir des
chiffres de l’Ofcom. Ainsi, l’inflation incroyable des droits de la Première
League n’a pas affecté la rentabilité du groupe Sky qui a vu le nombre de
ménages qui possèdent une « Sky box » passer de 9 millions à 12 millions de
2015 à 2017 et qui a réussi à maintenir la majeure partie de ses ratios de
rentabilité en 2017.
Des compétitions comme la Ligue 1 ou tout autre championnat majeur sont
des actifs très importants pour des acteurs voulant vendre des abonnements
puisqu’elles permettent de créer un « feuilleton » hebdomadaire. C’est grâce à
ce genre de programmes que les chaînes parviennent à gagner et à fidéliser des
abonnés. Avec une bonne éditorialisation, les chaînes parviennent à « raconter
une histoire » autour de la compétition et sont en mesure de la mettre
parfaitement en scène pour accroitre l’intérêt du téléspectateur.
Par ailleurs, il est très intéressant de constater que la perte de droits
sportifs pour une chaine payante coïncide avec une importante perte d’abonnés.
Comme le montre ce graphique sur le groupe
Canal+ traité par le CSA[4],
la baisse du nombre d’abonnés et l’augmentation du taux d’attrition (proportion
de clients perdus sur une période donnée) coïncident avec l’arrivé de Bein
Sports en 2012 (avec la perte des droits d’une partie de la Ligue 1 et de
championnats étrangers) et de Altice en 2015 (avec la perte des prestigieux
droits de la Première League). S’il est encore trop tôt pour percevoir les
conséquences de la perte des droits de la Ligue des Champions (période
2018-2021 pour Altice) et de la Ligue 1 (période 2020- 2024 pour Médiapro et
Bein Sports), on constate très clairement que la perte de contenus « premium »
footballistiques est nocif pour le parc abonné alors même que le Groupe Canal+
a fait, ces dernières années, des efforts considérables en matière de
production de séries TV (Baron Noir, Versailles, Engrenage, le Bureau des
Légendes, etc.)
Cette corrélation existe aussi à l’étranger. En Italie, le groupe Sky a perdu
les droits de la Ligue des Champions en 2015, ce qui a immédiatement abouti à
une perte de 37 000 abonnés et à une diminution des profits de 25%.[5]
Enfin, l’image renvoyée par les détenteurs de
ces types de contenus est très positive ; ce qui justifie l’intérêt des géants
du net, qui ont une image de plus en plus négative dans la société suite aux
diverses polémiques liées notamment à la fiscalité ou au respect de la vie
privée de leurs utilisateurs.
La capacité des géants du numérique d’entrer sur le marché: une réalité criante
Leur puissance financière et la diversification de
leurs activités –notamment pour Amazon- leur offre le loisir de perdre de
l’argent avec l’acquisition de ces droits TV. Ces pertes peuvent être
compensées par d’autres filières ou par leurs fonds propres. A l’inverse, si
les acteurs traditionnels appartiennent à des grands groupes, l’intégration est
moindre et il est donc difficile d’imaginer, par exemple, que le Groupe
Bouygues mise sur Bouygues immobilier pour compenser les pertes de TF1. Au fond,
ces acteurs ont l’avantage de ne pas chercher à gagner directement de l’argent
avec des retransmissions sportives. Leur but est d’augmenter leur visibilité
voir de devenir des plateformes « multi-services ». Ils ne sont donc pas tenus
à la rentabilité immédiate contrairement aux chaînes de télévision qui ont
besoin d’un retour sur investissement rapide. Ainsi, ces acteurs peuvent se
permettre de « sur-payer » les droits et ont donc tout à fait la
capacité de se lancer sur un tel marché.
Au-delà des avantages concurrentiels, les deux
géants que sont Facebook et Twitter ont un avantage de taille sur les
diffuseurs traditionnels en matière de piratage. En effet, des modèles basés
sur le gratuit ont, et continueront d’avoir, un réel avantage sur les modèles
payants puisqu’ils sont, par définition, à l’abris du piratage. Or, si le
gratuit est la norme (bien que plus ou moins rentable) pour les matchs de
l’Equipe de France, ce modèle n’existe absolument pas pour des contenus «
premium » achetés à « prix d’or » comme la Ligue 1 ou la Ligue des Champions.
Pour autant, Facebook et Twitter se montrent, pour l’instant, enclins à
diffuser des contenus gratuitement : Twitter l’a fait pour les matchs de
Football américain tandis que Facebook va proposer, en Inde, les 380 matchs de
la Liga (la prestigieuse première division espagnol) gratuitement.
Les compétences techniques de ces géants peuvent
aussi apparaître comme des avantages concurrentiels réels à l’heure où l’OTT
devient la norme pour consommer des produits de divertissement.
L’importance des contenus sportifs couplée aux
différentes capacités des géants du numérique ne peut avoir qu’un seul résultat :
un investissement massif de ces acteurs sur ce marché là.
Il est ainsi urgent pour les acteurs traditionnels de l’audiovisuels de se
réinventer et de repenser la façon dont est diffusé le sport à la télévision
pour survivre à ce qui s’apparente bien, cette fois, à une révolution.
Mathieu Le Cossec
[1]David Assouline, « Rapport parlementaire – Le sport à la
télévision en France : pour l’accès du plus grand nombre, pour la diversité des
pratiques et des disciplines exposées », 21 novembre 2016, disponible sur http://www.sports.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_sport_tv_version_longue.pdf
[2] Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), « Sport et télévision : contributions croisées », 3 juillet 2017, disponible sur https://www.csa.fr/Informer/Collections-du-CSA/Thema-Toutes-les-etudes- realisees-ou-co-realisees-par-le-CSA-sur-des-themes-specifiques/Les-etudes-du-CSA/Sport-et-television- Contributions-croisees2
[3] Bastien Drut, sous la direction de Jean-Baptiste Guégan, «
Chapitre 2, les droits TV, l’explosion perpétuelle » in Mercato L’économie
du football au XXIe siècle, Editions Bréal, 2018,
[4] Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), « Sport et télévision :
contributions croisées », 3 juillet 2017,disponible sur https://www.csa.fr/Informer/Collections-du-CSA/Thema-Toutes-les-etudes-
realisees-ou-co-realisees-par-le-CSA-sur-des-themes-specifiques/Les-etudes-du-CSA/Sport-et-television-
Contributions-croisees2
[5] Henry Mance, « Sky customer numbers rise despite loss of Champions
League to BT », Financial Times, disponible sur https://www.ft.com/content/cbd33376-77df-11e5-933d- efcdc3c11c89
En 2015, séisme dans le paysage des droits audiovisuels sportifs. Canal+, la chaîne de télévision payante historique en matière de diffusion des plus gros événements sportifs perd les droits de diffusion de la Premier League (Championnat d’Angleterre de Football).
Contre toute attente, ce n’est pas son concurrent direct en termes de droits sportifs, BeInSports, qui rafle la mise mais un nouveau venu. SFR rachète à l’époque les droits TV de la compétition pour 3 ans. Coup dur, il faudra désormais être abonné à l’opérateur au carré rouge ou bien s’abonner à l’offre OTT (Over The Top – offre exclusivement Internet) pour pouvoir suivre les rencontres anglaises. Depuis, SFR n’en est plus à son coup d’essai et s’était immiscer dans le paysage audiovisuel sportif français avec plus ou moins de réussite. Craint par ses concurrents, en 2017 l’opérateur remporte les droits TV les plus convoités par le monde du sport, la Ligue des Champions et la Ligue Europa, ayant pour effet d’assécher à partir de 2018 les deux plus grandes chaînes sportives en France, qui se partageaient jusque-là la Ligue des Champions.
Ce lot de droits est parti pour un montant record de plus d’1 Milliard d’euros sur 3 ans, frais de production inclus. Le plus gros montant pour des droits sportifs jamais payé en France.
Pourtant, ce qui semblait être une nouvelle histoire d’amour entre l’audiovisuel et un opérateur téléphonique s’assombrit de jour en jour pour SFR-Altice. En effet, Orange avait, il y a quelques années, tenté un rapprochement entre médias et télécom qui s’était soldé par un échec. Aujourd’hui, le constat est amer pour SFR-Altice qui peine à se rendre incontournable pour tous les fans de sports. Les abonnements ne sont pas au rendez-vous, la fuite des abonnés de forfaits téléphoniques, qui auraient pu rester grâce à l’opportunité de se voir ajouter des rencontres sportives, n’est pas non plus colmatée. En outre, les grosses difficultés financières du groupe de Patrick Drahi, plongent les activités audiovisuelles dans la tourmente.
Ainsi, en janvier 2018, Alain Weil, patron des chaînes SFR annonce une restructuration des offres sport, officiellement pour plus de visibilité et aussi pour alléger la dette d’SFR en rassemblant les programmes dans un nouveau bouquet appelé Altice Pay TV.
Cette annonce a eu pour effet de laisser imaginer de nombreux scénarii possibles en ce qui concerne le futur des programmes des chaînes SFR sport. Une seule chose est certaine, SFR-Altice ne peut plus avancer seul, le groupe doit trouver des partenaires et recruter des abonnés par différents moyens, à moins qu’ils n’envisagent carrément l’arrêt de leurs droits sportifs et la revente des droits qu’ils détiennent aux autres chaînes du secteur. Il faut trouver un moyen de rendre rentable ces immenses investissements.
Après cette annonce de restructuration d’Alain Weil autour de la nouvelle structure chargée de monétiser les droits TV du groupe Altice, les autres chaînes sont dans l’attente de recevoir des offres de diffusion de la part du cablo-opérateur. Alors, une partie d’échecs semble entamée depuis ce début d’année 2018 entre les différentes chaînes capables de diffuser les grands événement sportifs en France.
Pour preuve, dans les colonnes du journal L’Equipe, Maxime Saada, Directeur Général du groupe Canal+ déclarait attendre « avec sérénité les propositions de SFR. Nous ne sommes pas dans le besoin aujourd’hui ». Une manière de se placer en tant que nouvel acteur dominant dans ce rapport de force. Ces déclarations ayant pour but de réduire les prix des droits de diffusion qu’ils pourraient récupérer. A l’inverse, le patron des chaînes SFR rappelait, le 18 janvier dernier : « Canal+ est un partenaire stratégique essentiel. Nous distribuons Canal + depuis toujours. C’est la chaîne du football aujourd’hui, aussi celle du cinéma. Bien sûr que nous avons des discussions avec eux ». Le groupe Altice semble clairement aux abois et le rapport de force tourne à son désavantage.
Les contours de cette nouvelle stratégie d’Altice sont encore assez flous mais il semblerait que leur principal besoin est de continuer à détenir leurs droits à travers leurs chaînes tout en utilisant Altice Pay TV comme intermédiaire afin que les chaînes SFR Sport puissent être distribuées par d’autres opérateurs et chaînes.
Enfin, les déboires de la chaîne au carré rouge ont eu pour conséquence de décaler l’appel d’offres de la LFP (Ligue de Football Professionnelle) pour la mise aux enchères des droits de retransmission de la Ligue 1 de football. En effet, il était pressenti que cet appel d’offres pour les saisons 2020-2024 soit lancé dès le printemps 2018, mais n’aura vraisemblablement lieu qu’à partir de la saison prochaine. Le but semble alors de laisser le temps à SFR de sortir la tête de l’eau et lui permettre de prendre part aux enchères. La LFP à tout intérêt à différer le lancement de son appel d’offres afin d’augmenter le nombre de participants et de faire grimper les montants proposés par les chaînes. Le coup fort lancé par SFR lors de l’achat des droits de la Ligue des champions en 2017 pour plus d’1 Milliard d’euros est encore dans toutes les têtes et la LFP entend bien en profiter.
Par ailleurs, la Ligue 1 de Football a pris un nouveau tournant cet été, grâce à de lourds investissements consentis par les clubs et notamment le PSG (Paris Saint-Germain) avec l’achat d’un des joueurs les plus suivis au monde, le brésilien Neymar. A lui seul, il a fait monter l’attrait du championnat et pourrait faire grimper le montant des droits TV de quelques millions d’euros supplémentaires.